01 juillet 2014
 

 Juste un vide...

D'abord, il y a ce grand vide, ce mal être indescriptible... pas indescriptible parce qu'il est soudain et violent, non... c'est plutôt une sensation permanente et sourde... un truc lanscinant qui est toujours là... tu n'es pas vraiment seule, il t'accompagne mais, en même temps, il te laisse isolée... tu n'en parles pas, il n'y a rien à dire...

La plupart du temps, c'est juste là... ça ne se manifeste pas lorsque tu es accompagnée, personne ne se doute de rien... je pense que tu renvoies même l'image d'une personne sûre d'elle, forte en gueule... on ne se refait pas... 

Puis, tu quittes tes habits d'adolescente... tu quittes l'école... ça pourrait être la fac ou le boulot... mais tu n'en es pas encore là... tu quittes l'école donc et tu rentres chez tes parents... une famille classique, normale, équilibrée... des gens aimants, attentifs... 

Tu embrasses ta mère, ton père rentrera un peu plus tard... tu montes dans ta chambre... quelques exercices de math à boucler, un peu de néerlandais à revoir... tu vides ton sac... littéralement, hein ! tu vides ton sac de cours, sors des fardes, un bic... et puis, y a toujours cet espèce de vide, cette image tronquée, ce mal-être... alors, comme tu ne sais rien faire d'autre et qu'il n'y a pas d'autre solution, tu entreprends de combler ce putain de vide...

Tu le remplis juqu'à plus soif... généralement tu t'attaques au sucre, c'est bon le sucre, c'est doux, crémeux... ça tapisse... t'es capable d'engloutir un pot entier de nutella... au début, tu as faim... puis, rapidement, tu es rassasiée mais impossible d'arrêter : il en reste encore, il faut finir... de toute façon, c'est trop tard, le pot est entamé : autant le finir, ne pas gâcher... tu as quasi la nausée mais tu continues, jusqu'à finir le pot avec les doigts... pas une miette ne reste, t'as nettoyé le contenu et le contenant... 

A ce moment-là, tu n'as plus envie de manger, il n'y a plus de vide... mais un trop plein... t'es remplie, bourrée... t'en peux plus... Et là, c'est l'effet inverse à celui escompté : tu te dégouttes, t'es faible, tu n'as aucune volonté... tu te sens minable, grosse, pathétique... 

Il n'y a plus qu'une solution... à genoux devant la faïence rose de la salle de bain, tu t'enfonces les doigts dans la bouche... bien profondément... tu as un haut le coeur, puis deux... ça fait mal mais ça fait du bien... alors tu continues, jusqu'à ce que les haut le coeur se transforment en un torrent de nourriture... elle n'a pas eu le temps de passer par la case digestion... ce n'est même pas sale... ça ne sent pas le vomi... juste de la pâte à tartiner mélangée à un peu de bile... c'est épais, pâteux, douloureux... tu te rinces la bouche, tu bois un peu d'eau... et tu recommences jusqu'à ce que plus rien ne passe... juste de la bile... là, ça fait vraiment mal... ton coeur va sortir de ta poitrine tellement il bat vite, ta bouche est sèche, ta gorge brûle...

Tu te couches sur le tapis de la salle de bain... c'est doux... t'es épuisée mais, enfin, à ce moment-là, t'es apaisée... t'es juste une fille normale, sans vide, sans honte, sans dégoût... T'es mince et tu t'alimentes normalement... la plupart du temps... 

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